27 septembre 1994- 27 Septembre 2004. Le Rassemblement des Républicains a dix ans de présence sur l’échiquier politique national. Une décennie que Djéni Kobina Georges, l’homme des «grandes ruptures politiques et idéologiques», et les autres membres fondateurs du parti centriste ont reçu leur autorisation d’exercer. Avec pour ambition de prendre le pouvoir, tout en apportant «beaucoup plus de démocratie, de liberté et de justice sociale» à leurs compatriotes.
27 septembre 1994- 27 Septembre 2004. Le Rassemblement des Républicains a dix ans de présence sur l’échiquier politique national. Une décennie que Djéni Kobina Georges, l’homme des «grandes ruptures politiques et idéologiques», et les autres membres fondateurs du parti centriste ont reçu leur autorisation d’exercer. Avec pour ambition de prendre le pouvoir, tout en apportant «beaucoup plus de démocratie, de liberté et de justice sociale» à leurs compatriotes. Dix ans après cet engagement, le RDR continue d’être à la périphérie du pouvoir après avoir manqué les rendez- vous de 95 et de 2000. Et pourtant, ce ne sont pas les espoirs qui ont fait défaut et les militants pour soutenir la formation issue des entrailles du vieux parti. C’est un truisme que depuis la disparition de son premier secrétaire général et la forte mobilisation des quatre années qui ont suivi sa naissance aux forceps, le parti s’est englué dans un immobilisme déroutant, pour cesser d’être «la force qui va» et devenir, aux yeux de nombre d’observateurs, «un géant qui a du mal à se mouvoir». C’est peu de le dire. Le parti ayant pour principal inspirateur et instigateur l’ancien Gouverneur de la Bceao ne souffre pas d’arguments militants en sa faveur.
Un leader charismatique Le Fama a été bien inspiré de dire que «l’arrivée de Alassane Ouattara à la Primature a démontré que la gabegie et le gaspillage n’étaient pas une fatalité pour notre peuple». Sans aucun doute, la réussite de sa mission gouvernementale, son brillant parcours au Fmi, ses grandes relations de par le monde sont pour beaucoup dans l’aura du patron des Républicains. Depuis le décès de Félix Houphouët-Boigny, le mentor du RDR polarise l’actualité nationale et déchaîne les passions les plus inexplicables. Toutes les tentatives des régimes successifs au bâtisseur de la Côte d’Ivoire de briser son élan ont échoué sur son charisme à toute épreuve. Laissons le soin à Laurent Gbagbo d’expliquer cet état de fait. «Ouattara est un véritable cas d’école. Dès que vous prononcez son nom, on vous gifle, sans attendre la suite de votre déclaration», a reconnu le chef de l’Etat devant le Forum de la Réconciliation nationale. Le plus curieux, c’est que pendant que ses adversaires déclarent qu’il n’est pas ivoirien, ADO est associé à toutes les décisions qui engagent l’avenir de la nation. Ainsi, était- il au forum, au sommet des “quatre grands” à Yamoussoukro et aux différentes assises sur la crise ivoirienne. Certains ont initié, hier, avec lui le Front républicain quand d’autres préparent aujourd’hui avec lui, la formation de l’Alliance des Houphouétistes pour les élections à venir. A dire vrai, si la personnalité de ADO a permis de maintenir le RDR dans le haut de gamme de la classe politique, il ne faut pas nier le grand apport de son programme de gouvernement.
«Vivre ensemble»,un programme ambitieux Cinq ans après ses premiers vagissements, le programme du RDR fortement attendu par les Ivoiriens a été présenté en 2000 par son porte-flambeau. A la différence des autres projets, celui des Républicains, loin des vastes idées de la droite et de la gauche, s’appuie sur le libéralisme, pour ne prendre en compte que les vraies préoccupations des populations. Les principaux axes sont l’avènement d’une société démocratique, la réduction de la pauvreté, la promotion de l’excellence, de la compétence, l’école gratuite, l’encouragement à l’investissement, la fin de l’arbitraire et de l’injustice…La grande nouveauté de «Vivre ensemble», c’est sa propension à unir les citoyens sans exclusion, dans un environnement où une certaine intelligentsia a porté aux nues les concepts réducteurs de l’Ivoirité et du nationalisme étriqué. S’appuyant sur l’humanisme de «l’Apôtre de la paix» «Vivre ensemble» entend faire de nos particularités, la clé de voûte de la renaissance de notre pays. Assurément, le pilier qui fonde la légitimité du principal promoteur des valeurs libérales, ce sont ses partisans.
Des militants sans cesse déterminés Si le Dr. Alassane Dramane Ouattara a réussi à venir à bout des coups bas et des vilenies de ses adversaires politiques, il le doit en grande partie à la détermination de ses militants. En dépit de la répression barbare qui s’est abattue sur eux, les Républicains n’ont jamais rompu le cordon ombilical qui les lie à leur président. Pendant toutes les épreuves subies par celui qu’ils appellent, affectueusement, «Brave-tchè» ou «Nangama», les militants se sont transformés en boucliers humains, au sacrifice de leur vie. En Août 2000, quand les chars de Robert Guéi faisaient le siège du domicile d’ADO, ils ont constitué un cordon humain autour de sa résidence. En octobre 2000, lors de l’élection calamiteuse de Laurent Gbagbo, les Républicains se sont déportés en grand nombre, pour sécuriser son intégrité physique. Plus l’ancien Gouverneur de la Bceao est en difficulté, plus ses partisans sont en alerte et prêts à lui donner les moyens de ses ambitions. Grâce à ses hussards, le RDR est sorti des différentes consultations comme la première formation politique de Côte d’Ivoire. Avec de telles dispositions, on reste étonné que Alassane Ouattara et ses hommes ne sont pas au pouvoir. A l’évidence, le parti domicilié à la rue Lepic de Cocody a péché par un déficit de stratégies de conquête du pouvoir d’Etat.
Le déficit de stratégies politiques Nonobstant toutes ses forces, le RDR éprouve les pires difficultés à être en harmonie avec son objectif suprême : l’accession au pouvoir. En 1995 et en 2000, les partisans de Ouattara ont été désillusionnés après avoir été conditionnés sur la réalité de la victoire. Pour sûr, le premier adversaire du RDR est certainement sa trop grande confiance. Depuis l’arrivée de son leader qui catalyse les aspirations populaires, la direction, au lieu d’étendre «la toile d’araignée» initiée par Djéni Kobina, a entrepris de pavoiser et de dormir sur des lauriers non glanés. N’étant pas parvenu à galvaniser ses troupes et à anticiper sur les complots de ses adversaires, le RDR s’est fait écarter quand bien même les tendances lui étaient très favorables. Le second problème du parti républicain reste le manque de formation politique de ses militants. Les dernières consultations ont montré que nombre d’électeurs de ADO ne savent point voter. Pour mémoire, les Républicains ont eu le plus fort taux de bulletins nuls. L’Ecole du parti qui devait corriger toutes ces insuffisances est en pleine léthargie, à une année des joutes électorales. Aussi, s’il est vrai que toute formation a besoin d’un leader de poigne, la trop forte personnalité d’ADO risque de contrarier la machine. C’est un lieu commun que les Républicains, sortis du moule du Pdci n’arrivent pas à se départir des maladies infantiles de l’unanimisme et du suivisme. Des hauts cadres du RDR continuent d’être émotifs à la vue de leur président. Ils sont tellement transis par sa présence, qu’ils se montrent incapables de l’aider dans sa tâche de restructuration. Le parti de M. Ouattara est en panne quand son patron est à l’extérieur. Dès qu’il annonce son retour, chacun court s’activer, avec à l’esprit de recueillir des dividendes politiques. Enfin, le RDR, dans ses alliances mal ficelées a toujours servi de marche-pied à ses concurrents, ayant à l’idée de se servir de son électorat pour accéder à la Magistrature suprême. C’est pourquoi, les uns et les autres ouvrent grandement les yeux sur l’union en gestation avec le Pdci. Au surplus, dans son approche du pouvoir, le RDR n’a pas tenu compte, ou du moins n’a pas pris les précautions nécessaires dans un environnement conflictuel où ses partisans ont payé le plus lourd tribut. Au total, dix ans après sa naissance, la formation domiciliée à la Rue Lépic est encore dans l’anti-chambre du pouvoir. Non sans avoir en son sein les hommes, le programme et les militants à même de le hisser au sommet de l’Etat. Seulement, le parti républicain n’a pas tenu compte d’un contexte fort hostile qui a considérablement bloqué sa marche et obstrué sa croissance. Alassane Ouattara et ses collaborateurs n’ont jamais eu le temps de s’organiser, du fait d’une répression sans commune mesure. Le RDR peut accéder au perchoir. Il en a les capacités et les expertises. Les accords de Linas Marcoussis et d’Accra III lui en donnent une grande opportunité. Si les Républicains arrivent à surmonter toutes les contradictions qui ne cessent de faire de leur parti, «un géant aux pieds d’argile».
Bakary Nimaga
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