Face aux nullités et niaiseries de certains de nos compatriotes, il vaut parfois mieux se contenter de rire que d’exprimer tout autre sentiment. On peut donc imaginer – et comprendre – que parmi les personnes qui se sont rendues samedi dernier, au stade Champroux pour assister au meeting de Blé Goudé, un bon nombre se soit simplement marré, sous cape, en écoutant l’orateur du jour.
Lisez plutôt ces lignes tirées des envolées lyriques du leader des «jeunes patriotes» parlant de l’ex-président de la CEI : «On ne tire pas sur un cadavre pour gâter son nom. On ne va pas se fatiguer pour mettre Mambé en prison. Nous qui connaissons la prison, savons que ce n’est pas seulement la Maca qui représente la prison.
Je vous explique pourquoi: Mambé, dans la société d’aujourd’hui, est reconnu comme un tricheur. Ses enfants seront désignés comme étant des tricheurs par leurs amis.
Chers camarades, c’est ça la vraie prison ! Aujourd’hui, on ne parle plus de Mambé. Son temps est passé. On va parler de lui à l’imparfait et au plus-que-parfait! On dira: «il fut» ou «il a été».
Si vous avez fini de rire – parce que vous ne pouvez pas ne pas rire devant tant d’effarement –, essayons maintenant d’analyser cette sortie du directeur de campagne chargé de la jeunesse de Laurent Gbagbo.
Premièrement, quand il dit: «on ne va pas se fatiguer pour mettre Mambé en prison», qui désigne-t-il par « on »? Gbagbo,
Le FPI, Le camp présidentiel, les jeunes patriotes ou le Procureur de la république ? Si c’est Gbagbo, le FPI, le camp présidentiel ou les jeunes patriotes, est-ce à dire que ce sont ces personnes qui ont pour rôle en Côte d’Ivoire, un Etat de droit, de mettre les gens en prison, fussent-ils voleurs, fraudeurs ou criminels ?
Si c’est le Procureur de la République, pourquoi Blé utilise-t-il le pronom personnel indéfini « on »? Cela sous-entend-il une collusion entre le pouvoir judicaire dont le Procureur est l’un des symboles et le pouvoir exécutif incarné en tout premier lieu par le Président de la République?
Deuxièmement, quand Blé soutient que la société reconnaît désormais Mambé comme un tricheur, est-ce qu’il se pose la question de savoir ce que cette même société retient de lui, l’étudiant de Manchester? Est-ce qu’il n’a pas froid dans le dos quand il profère ce genre d’énormités devant des milliers d’Ivoiriens, tous ses contemporains.
Et la licence truquée en 2001, qui est aujourd’hui un fait inaltérable de l’histoire récente de notre pays? Blé croit-il vraiment que les Ivoiriens sont suffisamment amnésiques pour oublier les conditions frauduleuses d’obtention de ce diplôme?
Et puis, comment oser prétendre que les enfants de Mambé – parce que leur père (admettons même cette hérésie) serait un tricheur – seront désignés par leurs camarades comme des tricheurs? Ah bon! On est donc tricheur de père en fils? Cela voudrait-il dire que le géniteur de notre ami Charles fut un tricheur?
Parce que, ce ne sera jamais aux Ivoiriens – en tout cas pas ceux qui ont vécu ces deux dernières décennies dans ce pays –, que Blé Goudé parviendra à faire croire qu’il n’a pas volé sa licence.
Il a beau être aujourd’hui le grand Blé, qui roule carrosse, redoutable homme d’affaires qui a des biens partout, la «licence» restera un pan de sa vie qu’il est obligé de traîner comme un boulet. Il est sans doute un prisonnier, comme Mambé, mais à qui l’ivresse du pouvoir donne pour le moment l’illusion de planer haut, échappant aux vicissitudes de la prison.
Troisièmement, et c’est le meilleur que nous avons gardé pour la fin, Blé Goudé prétend, sur le ton de la dérision, que le temps de Mambé est passé et qu’on parlera désormais de lui à l’imparfait et au plus-que-parfait.
Et savez-vous comment ce licencié, diplômé en sciences politiques de l’Université de Manchester, qui écrit des livres presque chaque année, conjugue le verbe être à l’imparfait et au plus-que-parfait de l’indicatif ?
Lisez plutôt : «on dira (de Mambé) qu’il fut (verbe être à l’imparfait) ou qu’il a été (verbe être au plus-que-parfait)».
Vraiment, chers lecteurs, avec votre bon sens, dites-moi lequel des deux, entre Blé et Mambé, est le vrai tricheur?
Il y a un proverbe bien de chez nous qui dit: «Quand tu n’as pas porté de caleçon, il faut éviter de te courber pour regarder le derrière de ton voisin».
Edgar Kouassi |