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LE 24 OCTOBRE 2000, pour protester contre "la victoire volée" du Général Robert Guéi,
Monsieur Laurent Gbagbo, le Président du Front Populaire Ivoirien (FPI), aux côtés de Monsieur Guy Labertit, le délégué Afrique du Parti Socialiste français lança cette phrase après avoir dissout le Gouvernement
de transition : "A COMPTER DE MAINTENANT, LE CHEF DE L'ETAT C'EST MOI".
LE 25 OCTOBRE 2000, tous les corps constitués firent allégeance à celui qui avait dit
"A compter de maintenant le chef de l'Etat c'est moi" à la résidence privée de celui-ci.
Ce même jour devant à la presse qui lui faisait remarquer que les militants du RDR protestaient contre sa "victoire", Monsieur
Laurent Gbagbo répondait : "Je suis un démocrate. Je n'empêche aucune manifestation, mais j'ai donné des instructions
afin que l'ordre sera maintenu."
Le jeudi 26 octobre 2000, des dizaines de personnes furent arrêtées… Les corps de 57 d'entre elles furent retrouvés dans un charnier à
Yopougon, un quartier nord d'Abidjan. Ce témoignage est celui d'un rescapé miraculé qu'Amnesty International a rencontré à Abidjan.
"J'ai été arrêté le jeudi 26 octobre 2000 vers 16h alors que je me trouvais chez des amis en train d'écouter du rap à la radio.
Les gendarmes nous ont tous fait sortir et ont vérifié nos cartes d'identité. J'ai été arrêté avec sept autres personnes et nous
avons été conduits au camp de gendarmerie d'Abobo. Là, on nous a battus et tiré dessus. Beaucoup de détenus ont été tués. On m'a
demandé à moi et aux quelques personnes qui n'avaient pas été tuées de transporter les cadavres dans un camion. A la tombée de la
nuit, on nous a conduits dans un terrain vague à Yopougon et on nous a demandé de décharger les cadavres. Moi, je me suis jeté
à terre et j'ai fait le mort. Une fois tous les cadavres déchargés, les gendarmes ont demandé aux détenus qui avaient déchargé
les corps de s'asseoir et ils les ont tous criblés de balles."
Depuis aucune sanction n'a été prise contre les auteurs de ces tueries…
(Point de vue d'Edouard Kehi Président du Forum pour la Démocratie en Côte d'Ivoire (FODECI)
Je viens deparcourir l’article intitulé "qui donc sont les 40 corps non identifiés ?" qui est signé du journaliste Augustin Kouyo (Notre Voie du 7/30/01). Cette lecture a tiqué à nouveau ma compassion pour les victimes du 27 octobre 2000; ceux dont la découverte des dépouilles mortelles a rendu Yopougon sinistrement célèbre avec le charnier qui porte son nom. Ma contribution qui suit est un élément supplémentaire de mon hommage aux victimes de l'horreur meurtrière d'octobre dernier et aussi une expression réitérée de mes condoléances auprès des familles de ces victimes. Dans l’article susmentionné, l’auteur, usant d’un style et ton qui s’apparentent fort opportunément à ceux des quelque vulgaires TSO (ou TS-RDR) de la place, a subtilement identifié le RDR comme étant le responsable du charnier de Yopougon. Il a même vilipendé les morts qu’il a baptisés de « mercenaires achetés à coût d’espèces trébuchantes ». Si l’intention manifeste de sire Kouyo est de clouer au pilori le RDR, l’incohérence élémentaire entretenue tout le long du texte, elle, ne peut échapper à tout regard analytique des propos. En effet, l’on se perd à chercher la logique de Mr Augustin Kouyo lorsqu’en même temps qu’il accuse d’incompétence et de mauvaise foi la justice ivoirienne (pour avoir inculpé, en lieu et place du « RDR qui a jeté ses mercenaires non loin de la MACA », huit gendarmes qui n’ont rien à avoir avec le crime) il se dit confiant dans cette même institution pour dire correctement le droit être lâcher purement et simplement les actuels accusés.
De l’incohérence, il y en a aussi quand l’auteur dit que la force du RDR- « ses mercenaires »-a été décimée par les forces de l’ordre et que dans le même temps ce parti a le temps et l’efficacité nécessaires pour ramasser ses cadavres à travers Abidjan pour aller les entasser à Yopougon, cité que Kouyo identifie souvent comme étant le fief des frontistes. De ce qui précède, quelle considération doit-on accorder à un tel essai politico-journalistique ? Sinon qu’elle est une Nième facette de la vilaine démarche qui consiste à enflammer les Ivoiriens les uns contre les autres afin de les maintenir dans l’état conflictuel actuel qui, lui-même, fait ramer à contre courant les forces de progrès de notre pays. Avant de s’installer outre mesure dans la polémique engagée par Augustin Kouyo, je suggère que l’on prenne un temps pour revisiter le récit laissé par les premiers concernés du charnier de Yopougon : les morts. Ils ont raconté leur calvaire tout en identifiant, au passage, leurs bourreaux ! Le testament des victimes du charnier de Yopougon. L'homme, même dans son état sans vie, est un communicateur parfait. Et les dépouilles découvertes le 27 octobre 2000 dans la banlieue Abidjanaise n'ont pas trahi cette assertion. Elles racontent sans démagogie ni amateurisme, l'horreur endurée des mains passionnées et des balles intentionnelles de leurs bourreaux.
Ces victimes racontent tant, dans les moindres détails, les circonstances de leur mort que même une absence totale de partie civile ou autres témoins oculaires de leur cauchemar fatal, ne sauraient innocenter leurs assassins devant une justice indépendante qui garantirait l'application impartiale du droit. Les morts découverts à Yopougon, nous ont présenté une détresse humaine très odieuse et pittoresque qui appelle plus notre compassion humaine que notre esprit malin. En effet, les différents rapports d'experts et de reporters réalisés sur les lieux ignobles sont riches en indications physiques, physiologiques et circonstancielles par lesquelles les morts ont pitoyablement signé cette détresse: la répartition dans l'espace des cadavres, leur nombre, leurs états physiques ( têtes percées à multiples entrées de projectiles, poumons et foies pluri-fracassés de balles assassines, bref les diverses traumatologies), les projectiles extraits des corps et la présence d'impacts de tires nourris sur les lieux, attestent cruellement de la furie des bourreaux tout en rendant compte de l'horreur vécue par les victimes. Les signes de manipulations intensives (déplacements des corps) observés sur un groupe des personnes abattues ainsi que l'incohérence manifeste qui se dégage des dépositions des gendarmes- surtout ceux de l'escadron d'Abobo cachent mal l'autre camouflet des tortionnaires qui consistait à dissimuler les corps des victimes extrajudiciaires. Bref, quel que soit le bout d'analyse choisi pour dégager des responsabilités dans ce carnage, aucune logique ne saurait innocenter à priori la gendarmerie nationale (en particulier l'escadron d'Abobo).
D'ailleurs, il suffit de remonter la chaîne chronologique et marier la suspicion de la gendarmerie aux déclarations de va-t-en guerre tenues par le fraîchement auto-proclamé Président, Gbagbo aidé en cela par ses co-stratèges Lida Kouassi, Boga Doudou et le soudainement célèbre Victor Kpan de la Gendarmerie- , et l'on comprendra la vraie logique du scénario ainsi que la suspicion légitime qui entoure les présents accusés devant la Cour Internationale Belge (Gbagbo, Lida et Boga). Du reste, au moment où le procès du charnier entame sa phase d'exploitation, il m'apparaît non fortuite de formuler un double-vœu, ce malgré l'inquiétante tournure monopartite qu'il (procès) prend en raison de l'absence des parties civiles constituées mais mises à la touche par le Tribunal et surtout en raison du curieux silence de l'Etat ivoirien qui ne s'est pas constitué en partie civile. Il est de mon vœu de voir notre nation honorer la mémoire de ces personnes humaines brusquement portées à la connaissance de notre communauté national comme étant des corps sans vie. Nous pouvons d'abord honorer leur mémoire par notre attitude collective de compassion vis-à-vis de cette perte de vies humaines. Ensuite nous pouvons honorer leur mémoire à travers un procès honnête et transparent En effet, si nos hommes commis à rendre justice dans notre pays- surtout dans le cadre du procès du charnier-prennent langue avec l'histoire en rendant un verdict au-dessus de tous soupçons par sa clarté, sa hauteur et son sens de nouveau modèle, ils seront artisans angulaires de la nouvelle Côte d'Ivoire consensuelle à la recherche de laquelle fils et filles de notre pays se sont lancés sans répit.
La réalisation de ce double-vœu permettra, à mon humble sens, de nous réconcilier avec nous-mêmes sans négliger la dimension psychosociale inhérente. Car, la réconciliation nationale, ultime étape postérieure à ces heures de rétablissements du droit, ne peut être effective s'il n'y a pas eu, en amont, la réconciliation de chacun avec soit-même. On peut l'admettre ou feindre de l'ignorer, mais la vérité est que la vitesse des événements derniers dans notre pays a laissé des séquelles drues dans notre "moi" national. Il y a un certain goût amer national qu'il faut exorciser aujourd'hui de nos relations. Nous pouvons y parvenir; mais à condition- pour agréer avec le constat de son excellence, M. L'Ambassadeur du Nigeria (cf. interview dans Le Libéral 7/30/01)- que cela se fasse dans la vérité; une vérité sans pudeur et sans faux fuyant. Après tout, communier en compassion, se dire la vérité afin de repartir de plus belle, ne seront que dans l'ordre des valeurs communes à l'intérieur de nos traditions voisines et sur lesquelles se fonde notre communauté d'intérêt national.
Qu'on soit de l'Est, de l'Ouest, du Nord, du Centre ou du Sud, l'Ivoirien adulte, acteur politique et social d'aujourd’hui, est le fruit d'une tradition dans laquelle des événements majeurs tels que la mort - comme celle découverte dans le charnier de Yopougon - servent de leviers à plus ajustements sociaux et de raffermissements des relations communautaires. Que nos morts du charnier de Yopougon, par leur témoignage écœurant de l'horreur vécue, nous interpellent à plus d'ajustements sociaux; que leur disparition, moins qu'un prétexte pour une nouvelle démagogie conflictuelle, nous serve de repère collectif pour un nouveau départ béni par nos pleurs sincères, nos palabres fécondes et nos réconciliations issues de lavages exemplaires des pagnes sales!
Par Edouard Kehi
Secrétaire Général du RDR - Washington, DC - USA.
Washington le 01-Juillet 2001
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