De Georges Djéni Kobina, le Pr. Harris Mémel
Fotêh disait dans un pathétique hommage rendu à l'homme, au lendemain de sa
disparition, le 19 octobre 1998, "C'est un Fama de notre lutte nationale (...)
un Fama de l'espèce démocratique". Un "Fama", a alors défini
l'érudit ivoirien "est le nom par lequel les dialectes mandingues désignent le
chef (Fa) en tant qu'il est détenteur de force (Fanga), la force dans tous les
sens du concept : la force psychologique ou charisme, la force intellectuelle ou
intelligence, la force morale ou volonté, la force esthétique ou beauté, la
force politique ou pouvoir". Djéni, autrement dit, était une boule de
force psychologique, intellectuelle, morale, esthétique et politique qui ne
pouvait de ce point de vue, rechigner au combat, à la lutte pour le progrès et
les libertés de son peuple. Né d'une naissance gémellaire le 8 août 1937 à
Gagnoa, l'ancien secrétaire général du Rassemblement des Républicains (RDR,
opposition centriste), a laissé à la postérité, l'image d'un homme de conviction
et d'engagement. Un homme qui n'a jamais su reculer, malgré la bourrasque
d'inimitiés qu'il a dû subir. Un homme qui était habité par le souci permanent
et obsessionnel d'aller là où sa conviction, son amour profond pour les valeurs
en lesquelles il croyait, l'appelaient. L'une de ces valeurs-là, c'est bien la
démocratie. Djéni Kobina est un "Fama" de l'espèce démocratique. C'est-à-dire
une force au service de la démocratie. Dans nos pays, aux régimes très souvent
secoués par des spasmes autocratiques, où les dirigeants se croient investis par
Dieu le père, lui-même ; il fallait à vrai dire posséder la force de Djéni,
l'engagement de cet homme exceptionnel pour accomplir la tâche politique dont
Djéni a fait don à ce pays. En Côte d'Ivoire, le fils de Djéni Pahan (né
en 1905 à Grand-Bassam-Azuretti) et de Yao Eba (née en 1917 à Grand-Bassam), a
montré aux partisans, adversaires, et parfois aux ennemis (il en avait pas mal)
que le courage, la détermination, la foi et surtout la conviction étaient des
valeurs sacrées. Son cursus scolaire et universitaire entrecoupés de sa carrière
professionnelle d'enseignant du primaire, du secondaire, puis plus tard de
proviseur au Lycée classique de Bouaké, de directeur général de l'enseignement,
d'officier de réserve de l'armée ivoirienne, de chef de cabinet de plusieurs
ministres etc. sont le signe d'un véritable parcours du combattant. Sa
carrière syndicale n'en n'est que plus édifiante. De 1963 à 1966, il fut membre
actif de mouvements syndicaux estudiantins en France (UGECI, FEANF-CI, UNEECI).
Le 31 mars 1971, alors qu'il était directeur départemental de l'enseignement
d'Abidjan, il est arrêté, avec Albert Hoba, suite à un mouvement de grève
universitaire et enrôlé de force dans l'armée pendant 22 mois. En 1970, il crée
avec des amis enseignants, le Syndicat national des enseignants du second degré
de Côte d'Ivoire (SYNESCI) dont il fut le premier secrétaire général de juillet
1970 au 31 mars 1971. Au plan politique, il milite activement en France
au sein du Mouvement ivoirien de libération, une formation politique
d'inspiration de gauche. Dès son retour en Côte d'Ivoire, il milite, comme la
plupart de ses amis au sein du parti au pouvoir, le Parti démocratique de Côte
d'Ivoire (PDCI-RDA) dont il fut membre des instances dirigeantes jusqu'à sa
démission le 27 septembre 1994. L'engagement politique, la conviction et
la foi en une Côte d'Ivoire démocratique, n'ont jamais en réalité quitté
l'esprit de l'homme. Trituré qu'il était par la violente envie d'insuffler une
dynamique démocratique au parti dans lequel il militait, Djéni crée, avec
d'autres militants un courant de pensée dénommé PDCI-Renovation dont il est le
porte-parole, poste tenant lieu de poste de président. A la suite du
congrès de 1990 du PDCI-RDA, il est nommé au secrétariat général de ce parti au
poste de secrétaire national chargé des relations avec les autres partis.
Candidat aux élections municipales de 1990, il est élu sur la liste PDCI-RDA du
consensus dirigé par l'actuel maire de Cocody, Mel Eg Théodore dont il fut le
1er adjoint jusqu'en 1994. Mais, le tournant de la carrière du véritable tribun
doublé d'un idéaliste politique qu'il était se situe dans la période qui a suivi
le décès de feu Houphouët Boigny. En sa qualité de porte-parole du
courant "la Rénovation", Djéni Kobina Kouamé allait interpeller, les instances
du PDCI sur la nécessité de la tenue d'un congrès extraordinaire. Ce jour-là
commençait pour lui une aventure palpitante dont le champ d'action allait passer
du PDCI à une nouvelle formation politique : le RDR. Le "Fama" allait
alors laisser éclater sa foi démocratique et sa volonté de sortir la Côte
d'Ivoire de près de quarante ans de règne unitaire.
Source: Koré Emmanuel, Jounaliste du quotidien
Ivoirien, Le Patriote
Il appelait les jeunes "Grenadier-Voltigeurs".
Ceux-ci en retour l'avaient élevé au rang de Général de leur corps de combat
pour la Démocratie. Il est tombé au champ de la lutte. Mais il reste toujours
vivant dans les mémoires de ceux qui l'ont connu, aimé, ou détesté.
Djény Kobina est né le 8 août 1937 à Gagnoa. Il fait ses études à
Soubré, Daloa, Abidjan, Nancy-Lorraine et Poitiers. Il exerce successivement les
fonctions d'instituteur, de professeur certifié, de proviseur de lycée et de
directeur régional de l'enseignement. Un séjour carcéral le conduira sous les
drapeaux. Djény payait cette faute pour avoir créé le syndicat des enseignants
du secondaire de Côte d'Ivoire (Synesci) dont il est d'ailleurs le 1er
Secrétaire Général, de juillet 1970 au 31 mars 1971. Cet ancien
sous-officier de réserve de l'armée ivoirienne,sera Directeur de Cabinet de
plusieurs ministères de son pays. Après avoir été Secrétaire National du PDCI
chargé des relations avec les partis politiques, candidat aux législatives en
1990, puis 1er Adjoint au Maire de la commune de Cocody, sous la banière du
PDCI, Djény Kobina est frappé d'extranéîté en novembre 1995 par le Ministre de
l'Intérieur, Bombet Emile, sous le regard amusé Bédié Président de la
République. Djény Kobina venait d'être ainsi la première victime du
néologisme "Ivoirité". Pour nous, Djény Kobina payait ainsi le prix du courage;
lui, qui au domicile de Mr Bédié n'avait pas manqué de soulever cette désormais
historique boutade: "Monsieur le Président, la confiance se mérite. Je n'ai pas
confiance en Monsieur Bombet." Tout simplement parce qu'il insistait pour que
l'organisation des élections soit confiée à des mains neutres. Le débat est
toujours d'actualité!
Source: Mensuel D'Information du RDR
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