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    Les pères Fondateurs
    Source: Le Patriote No. 1523 du Jeudi 30 Septembre 2004

    Ils étaient sept, officiellement, avec Djéni Kobina, à avoir accepté d’effectuer le grand saut dans l’inconnu. Le 27 septembre 1994, sept hommes ont mis en péril leur existence et leur confort matériel pour jeter les bases officielles du plus grand parti d’opposition d’alors : le Rassemblement des Républicains. Dix ans après, ils ont connu des parcours politiques et personnels divers. Nous nous penchons aujourd’hui sur le parcours des “pères fondateurs”.

    Hyacinthe Leroux

    Ingénieur agronome à la retraite, il a suivi Djéni Kobina. En hommage à son engagement malgré son grand âge, à la création du RDR il en a été nommé Président. Originaire de Zouata, dans la circonscription administrative de Facobly, il symbolisait l’ancrage de ce parti dans l’ouest montagneux. Après le congrès ordinaire de janvier 1999, il est entré au Secrétariat général en tant que secrétaire général adjoint chargé des relations avec les partis politiques et les organisations syndicales. Trois ans plus tard, en 1998, il entre en dissidence avec la direction du RDR et crée un courant, le RDR National, par opposition avec la direction légale qu’il baptise avec ironie, RDR CEDEAO. Il est entré en dissidence suite à la radiation en mars 1998 de M. Adama Coulibaly Nibi Zana ex-n°2 du RDR et mentor du courant. Djéni Kobina avait excommunié son adjoint parce que ce dernier était entré au Gouvernement sans l’avis de son parti et y était demeuré malgré les appels à la démission qui lui étaient lancés. L’ex-député maire de Korhogo n’a pourtant jamais milité au RDR-National et n’avait jamais abjuré son appartenance au RDR. Pendant deux ans, le courant de Hyacinthe Leroux a vivoté sans que lui-même ne démissionne de ses fonctions de membre du Comité central du RDR. Puis en 1999, il a décidé de tirer les conséquences de cette situation d’ “un pied dedans, un pied dehors”. Le 27 septembre 1999, il a officiellement annoncé sa démission du RDR. Le 16 décembre 1999, avec quelques uns de ses amis du RDR National, ils ont créé le 103ème parti politique ivoirien, qu’ils ont baptisé Union pour la Démocratie et la République, UDR. L’UDR n’a pas tenu la promesse de ses fleurs. Ce parti devait être le creuset de tous les mécontents de la ligne suivie par Djéni Kobina et Alassane Ouattara. Leroux tablait sur l’enrôlement du ministre Adama Coulibaly Nibi Zana. Il a fait chou blanc. Il entendait également recruter Mme Jacqueline Oble, Alexandre Ayié Ayié. Aucun d’eux ne l’a suivi. Il s’en est d’ailleurs offusqué lors d’une interview (soir Info du 22 décembre 1999) : “Le Prof Ayié Ayié est le seul à dire pourquoi il n’est pas avec nous. Quant au ministre Adama, il se trouve dans une situation particulière. Il est député du RDR et ministre du gouvernement. Comment pourrait-il expliquer cela aux militants de Korhogo et peut-il maintenant démissionner ? Pour l’instant, il n’est pas dans nos rangs et nous espérons qu’en avril 2000, c’est-à-dire six mois avant la fin de la législature selon les textes en vigueur, il pourra se déterminer.” En définitive, Hyacinthe Leroux n’a pu recruter que le Pr Sylla Lanciné. Ce dernier est un transfuge multirécidiviste. Il a quitté d’abord le MDS (Mouvement pour la Démocratie et le Socialisme), puis le RDR où il était Secrétaire national chargé de l’Orientation et de la Formation. A l’UDR où il a atterri, il était vice-président. A la naissance de l’UDPCI, en 2002, Hyacinthe Leroux a choisi, vu que son propre parti avait du mal à quitter le stade de la confidentialité, de rejoindre celui du général Guéi avec armes et bagages. Ainsi l’UDR a été officiellement dissous à l’intérieur de l’UDPCI.

    Alexandre Ayié Ayié

    Bientôt la cinquantaine, ce juriste est maître assistant en Droit. Il tient également un cabinet de conseil et d’assistance juridique. Au RDR, il était secrétaire national chargé de la politique de décentralisation. Il a été le directeur de publication du quotidien “ Le Républicain “ premier quotidien proche du RDR, jusqu’à ce qu’il en démissionne pour incompatibilité d’humeur avec M. Khalil Aly Kéita, le directeur de la rédaction. Il a été très proche du ministre Adama Coulibaly et l’a suivi quand ce dernier est entré au gouvernement, malgré le veto du RDR. Au ministère des transports, il est nommé à la tête du département des affaires juridiques. Quand “ Adama Champion “ est radié, il crée avec Hyacinthe Leroux, le RDR National pour défendre sa cause et combat Djéni Kobina farouchement. Il est secrétaire général du RDR National. Mais quand ce courant vire au parti politique, il freine des quatre fers et refuse de suivre ses amis, à la grande déception de ces derniers. Il développe, sans démissionner officiellement du RDR, une critique acerbe de ce parti et de ses dirigeants. Dans une interview au quotidien Soir Info (du 15 février 2000), il abat ses cartes. Il accuse le RDR d’être un parti de dioulas, d’étrangers : “ De fait, j’ai abandonné la lutte au sein du RDR depuis 1997, lorsque j’ai rejeté le Front républicain, condamné le blocage du parti à cause du problème Djéni, dénoncé le déficit de démocratie interne et surtout la tribalisation aveugle du RDR. Si je ne peux pas compter sur mon compatriote Touré Mory d’Odienné pour défendre notre patrie contre l’invasion des Touré venant de Guinée, comprenez que je puisse me sentir mal à l’aise aux côtés de Touré Mory. Le RDR s’est détourné de ses objectifs initiaux. Il est devenu un instrument de lutte pour l’intégration de force des étrangers dans la citoyenneté ivoirienne et ceci avec la complicité de nos frères du nord qui, il faut le reconnaître, ont des difficultés à se distinguer de ces gens à cause des homonymies” dit-il, entre autres philippiques. Après le coup d’Etat de 1999, le Général Coulibaly le garde à son poste au ministère des Transports. Mais Ayié Ayié se met à développer de nouvelles amitiés. Il s’éloigne d’Adama Coulibaly et rejoint le colonel Emile-Constant Bombet. Il fait campagne pour que cet homme soit désigné par le PDCI pour le représenter à la présidentielle de 2000. “ Sur la scène politique nationale, j’ai beaucoup d’admiration pour trois personnalités. Il s’agit d’abord de Émile-Constant Bombet pour la rigueur de son raisonnement, sa sérénité et son engagement pour la nation. Il y a ensuite Coulibaly Adama Nibi Zana pour sa lucidité politique et son humilité et enfin, le président du FPI, Laurent Gbagbo, pour son courage, sa persévérance et surtout pour sa franchise.(...) Je pense personnellement qu’un consensus propre autour d’une personnalité comme Bombet à qui les Ivoiriens sont en train de donner raison, et qui, de source autorisée, ne serait pas impliqué dans l’affaire des 18 milliards de FCFA de l’Union européenne, remettrait en selle le PDCI et pourrait le faire gagner certaines élections. C’est un véritable homme d’Etat dont la sérénité et la profonde connaissance de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens sont à prendre en compte. “ déclare-t-il dans ladite interview. La suite d’un tel discours est logique : Alexandre Ayié Ayié rejoint le PDCI et devient le porte parole de la campagne du candidat Emile-Constant Bombet. Quand Bombet a été éliminé, c’est Ayié Ayié qui a critiqué le Conseil Constitutionnel sur Reuters : Bombet a été “victime d’une injustice”, a-t-il déclaré. Il n’est actuellement plus membre du RDR et l’on ne lui connaît aucune attache partisane pour l’heure.

    Jean Malan

    Jean Malan fait partie de ceux qui ont porté sur les fonts baptismaux le Rassemblement des Républicains (RDR) en 1994. Il est resté remarquable par le caractère météorique de son cursus au sein de ce parti. Entré en septembre 1994, il est radié en octobre 1995 ! Cet économiste a défrayé la chronique en faisant irruption à la télévision un soir de septembre 1995 pour appeler les militants du RDR et les sympathisants de ce parti à se démarquer du mot d’ordre de boycott actif lancé par le Front républicain. Il a tiré à boulets rouges sur Djéni Kobina et Gbagbo Laurent. Et a proclamé son ralliement à Henri Konan Bédié, mais pas au PDCI. La réaction de Djéni Kobina a été sans faiblesse : il a radié l’impudent. Mais ce dernier a refusé d’accepter la sanction. Il a continué à donner des interviews pour vilipender le RDR et ses dirigeants. Certains de ses propos versaient dans la diffamation voire dans l’injure gratuite. “ Il faut être dioula aujourd’hui pour occuper un poste de responsabilité au RDR ou être admis au sein des instances du parti ; le RDR est pris en otage par un groupe de fanatiques qui supportent le Dr. Alassane Ouattara. Ce sont des gens qui sont imperméables à toute forme de raisonnement, ils sont tout simplement obtus ; le RDR, fortement ethnicisé et régionalisé, travaille aujourd’hui à sa confessionnalisation ! Ce qui fait dire que ce parti représente aujourd’hui un véritable danger pour l’unité nationale, la laïcité de l’État de Côte d’Ivoire, voire pour la paix entre les différentes ethnies, la paix entre les différentes religions qui ont toujours coexisté pacifiquement dans notre pays... “ Ce sont là certaines des déclarations qu’il faisaient à la presse et que nous avons retrouvées. Il reprochait en fin de compte un seul péché au RDR, mais un péché capital à ses yeux : il y avait beaucoup trop de militants nordistes dans ce parti ! Voyant que ses diatribes ne démobilisaient personne parce qu’il n’était pas une personnalité significative dans ce parti, il a commencé à faire campagne pour l’arrestation et l’emprisonnement d’Alassane Dramane Ouattara. Pour lui, si Ouattara était arrêté, le RDR perdrait toute énergie et finirait par imploser. Il a fortement recommandé cette option à Bédié : “ si Gbagbo a pu être incarcéré sans que nul ne lève le petit doigt, alors on peut refuser la candidature d’Alassane Dramane Ouattara qui plus est, n’est pas Ivoirien, sans que l’ordre public ne soit troublé. Donc vous pouvez être tranquille, il n’arrivera rien! “Voyant que ses attaques ne produisaient toujours aucun effet, Jean Malan choisit de démissionner officiellement du RDR le 27 octobre 1999.

    Pierre Badobré

    C’est avec Koné Lanzéni et certains autres cadres, l’un de ceux qui sont à l’origine de tout. C’est eux qui en 1993, autour de Djéni Kobina, ont créé le Mouvement de la Rénovation puis le courant RDR, qui plus tard, est devenu un parti politique. De lui, on sait très peu de choses. Il était avec Djéni Kobina à la mairie de Cocody. On retiendra de lui qu’il a porté les couleurs du RDR aux élections générales de 1995 à Gagnoa. Il a été le candidat malheureux de ce parti aux législatives et aux municipales. Après ses déboires électoraux et son remplacement à la tête du commissariat politique du RDR à Gagnoa, il a pris ses distances d’avec le parti qu’il avait co-fondé. Il faut dire qu’il était très gêné par les luttes d’appareil et les batailles de positionnement autour du Secrétaire général. D’aucuns pensent également que le fait que le RDR n’ait pas pu accéder au pouvoir en 1995 comme le laissaient croire ses premiers résultats sur le terrain, a énormément découragé certains cadres qui ne s’étaient pas inscrits dans la logique d’une opposition de longue durée. Nul parmi ceux que nous avons interrogés, ne sait avec certitude pourquoi Pierre Badobré s’est mis en retrait du RDR et a fini par disparaître de la scène politique. Un de ses amis nous parle de profondes divergences avec Djéni Kobina sur la question des stratégies et des alliances, divergences qu’il a choisi de ne mettre sur la place publique en se retirant. Mais on retiendra surtout qu’à l’origine, Pierre Badobré était chargé de la vente des cartes d’adhésion au RDR. A la suite de grognes persistantes, Djéni lui a retiré cette tâche.

    Amadou Soumahoro

    Il est ministre du Commerce dans le gouvernement de réconciliation nationale. Dans le gouvernement du 26 août 2002, il était ministre du Commerce extérieur avant que lui et ses trois autres camarades, ne rendent le tablier à la suite de divergences graves entre la direction du RDR et celle du FPI. Amadou Soumahoro est un pur produit du PDCI. L’ombre de son père, proche ami de Félix Houphouët-Boigny et personnalité politique fort connue dans le worodougou a gouverné sa carrière. Ses études en Europe ont été financées par le “ Vieux “ et il a fait toute sa carrière au ministère du Commerce ou dans ses démembrements. En occupant le ministère du Commerce, il n’a donc fait que s’installer aux commandes d’un navire dans lequel il avait appris à naviguer depuis longtemps. De lui, on peut dire qu’il est resté fermement attaché à ses convictions. Malgré tous les privilèges qui lui étaient assurés sous le PDCI, il a choisi de suivre Djéni Kobina dans la voie de l’opposition. Il a été parmi les premiers à déposer ses papiers pour être enregistré au ministère de l’Intérieur. Amadou Soumahoro n’a pas dévié dans son engagement d’un iota. Il a remporté en 1995 les élections municipales à Séguéla pour le compte du RDR. Depuis cette date, il préside aux destinées de cette commune. Il avait également remporté et de manière évidente visiblement les législatives de 1995. Mais la fraude massive et le refus de la Commission électorale de prendre en compte ses récriminations argumentées et assorties de preuves palpables, ont coûté à son parti ce siège. En 1999, quand toute la direction statutaire du RDR a été arrêtée et emprisonnée à la MACA, il a repris le flambeau avec le Pr Guédé Guina. Ils ont réussi à créer un puissant collectif de partis politiques, d’associations et de syndicats qui a exercé une pression de tous les instants sur le dernier régime de la première République, jusqu’à ce qu’il disparaisse. Amadou Soumahoro continue toujours son aventure avec le RDR.

    Diakité Coty Souleymane

    C’est le benjamin des membres fondateurs. C’est aussi le plus discret. Il est le Secrétaire national du RDR chargé de la société civile. Depuis la signature du décret présidentiel du jeudi 20 novembre 2003, il est Président du Conseil d’administration de la Poste de Côte d’Ivoire. Depuis les élections de janvier 2001, il est le maire RDR de la Commune d’Odienné. Ce jeune chirurgien dentiste a contribué à la création du RDR parce qu’il avait une passion. La passion de la droiture qu’incarnait admirablement Djéni Kobina. Bien qu’étant éloigné des choses de la politique, il suivait avec intérêt le combat de Djéni Kobina pour démocratiser le PDCI et la vie politique nationale. Il l’a rencontré, l’a écouté et a décidé que cet homme-là méritait d’être suivi. Il ne connaissait pas Alassane Ouattara et ne l’a découvert que dans les sillons de son chef, de celui qu’il s’empressait de rejoindre dans son bureau de la mairie de Cocody tous les midis et tous les soirs à la descente du boulot, pour discuter de l’avenir du pays. Djéni avait déjà une organisation mise en place, des gens tels Koné Lanzéni, Pierre Badobré, qui réfléchissaient à la mise en place d’un grand mouvement à l’intérieur du PDCI, capable de faire pièce à l’influence pernicieuse de la nomenklatura issue des années de vache grasse. Nomenklatura symbolisée par Laurent Dona Fologo. Quand la décision est arrêtée de créer un parti politique, il n’hésita pas. Il s’engage. Depuis, il est resté le même, les convictions chevillées au corps. Au nom de ses convictions, il a été arrêté le 27 octobre 1999, avec l’ensemble de la direction du RDR. Il a passé quinze jours de prison, entre les geôles de l’Ecole de Police et les cachots de la MACA. Malgré cela, il est toujours disponible pour le combat en faveur de l’égalité et de la justice entre tous les Ivoiriens.

     

    Par TOURE Moussa

     

    Déni Kobina
    Premier Secrétaire du RDR
     L'Homme et son Parcours
     Le FAMA - In Mémoriam
     Les Fondateurs
     
    Djéni était, pour moi, plus qu'un ami. C'était un frère. Homme de caractère et de courage, il était intransigeant sur son engagement politique. Fidèle à ses amitiés et au parti qu'il a créé, il n'a jamais renié ses convictions. Je souhaite que son intégrité, sa fidélité, son courage et sa détermination inspirent, non seulement ses amis et ses frères du RDR que nous sommes, mais aussi, toute la classe politique ivoirienne... Il mérite notre considération et notre souvenir.
    (Alassane Ouattara lors du congrès du 1er Août 1999)

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